Le 31 octobre 2025 restera une date marquante pour la finance camerounaise. Pour la première fois, le Cameroun a célébré avec éclat la Journée Mondiale de l’Épargne, sous un thème à la fois ambitieux et urgent :
« L’épargne, levier de l’inclusion financière pour un développement soutenable. »
Trois jours, dix régions, une même ambition : booster la culture de l’épargne au Cameroun
Après les campagnes d’éducation financière organisées dans les universités de Yaoundé (le 29 octobre) et la mobilisation simultanée dans les dix régions du pays (le 30 octobre), le grand rendez-vous a eu lieu à Yaoundé, dans la salle Ongola du Conseil régional du Centre.
Sous le haut patronage de Monsieur Louis Paul MOTAZE, Ministre des Finances, et la présidence de Monsieur Yaouba Abdoulaye, Ministre délégué, la cérémonie a réuni décideurs publics, banquiers, assureurs, experts de la microfinance, étudiants et acteurs du secteur privé. Tous partageaient un même objectif : faire de l’épargne un véritable moteur de développement.


Acte I : L’ouverture
L’hymne national résonne, suivi des discours officiels et de la photo de famille. L’ambiance est à la fois solennelle et empreinte d’espoir.
Monsieur Gilbert Didier EDOA, Secrétaire Général du MINFI et Président du Comité d’Organisation, ouvre la cérémonie par son allocution de bienvenue. Puis Monsieur Yaouba Abdoulaye, représentant du Ministre des Finances, prend la parole pour prononcer le discours inaugural.



Après la pause-café, les participants visitent les stands tenus par les banques, assureurs et établissements de microfinance, venus présenter leurs produits d’épargne.
Ensuite, place aux échanges : trois keynotes et trois panels rythment la journée, alternant diagnostic et propositions. Une dynamique d’analyse et d’action, de théorie et de pratique.
Session 1 : Le diagnostic qui fait mal
Keynote 1 : État des lieux et identification des déterminants de l’épargne au Cameroun
M. Bachirou Mohamadou monte au créneau
Dans un exposé clair, M. Bachirou Mohamadou, de la Direction de la Coopération Financière et Monétaire, dresse un constat sans détour :
- ● Le taux d’épargne nationale brute du Cameroun oscille entre 14 et 16 % du PIB, un niveau insuffisant face aux 17 000 milliards de FCFA de besoins d’investissement estimés pour la période 2020-2030.
- ● Seules 35 à 40 % des personnes adultes sont incluses financièrement.
- ● L’épargne informelle, dominée par les tontines, reste prédominante, surtout en zones rurales. « La thésaurisation domine, au détriment de l’épargne productive », souligne-t-il.
L’argent circule, mais ne finance pas suffisamment l’économie. Les taux d’intérêt bancaires sont peu attractifs.

Panel 1 : L’épargne, un vecteur essentiel pour le financement du développement économique
Sous la modération de M. Cho Emmanuel Asafor, 1er Adjoint au Directeur National de la BEAC, les panélistes entrent dans le vif du sujet.
Un chiffre retient l’attention : moins de 10 % des crédits bancaires sont accordés aux PME, pourtant grandes pourvoyeuses d’emplois. Le déficit d’épargne nationale pousse le pays à s’appuyer sur l’endettement extérieur.
Les recommandations du panel :
- Assurer le refinancement des institutions financières à partir de l’épargne nationale.
- Maintenir la stabilité macroéconomique et monétaire.
- Renforcer la confiance des ménages dans les politiques d’épargne.
- Mobiliser les fonds de la diaspora.
- Améliorer le climat des affaires.
- Orienter l’épargne vers les investissements productifs.

Session 2 : Faire le pont entre deux mondes
Keynote 2 : Le rôle de l’inclusion financière dans la mobilisation de l’épargne informelle
M. HAYATOU Sanda propose des passerelles
Après le diagnostic économique, M. HAYATOU Sanda, Chef de Division de la Microfinance, aborde une autre question essentielle :
« Comment mobiliser les 36 % de Camerounais exclus du système bancaire ? »
Sa réponse : ne pas opposer formel et informel, mais créer des passerelles entre les deux. Il identifie les obstacles majeurs :
- ● Les faibles revenus,
- ● L’absence d’institutions financières dans certaines zones, les difficultés administratives liées aux documents d’identité, et un manque de confiance et d’éducation financière.
« L’inclusion financière stimule la mobilisation de l’épargne formelle en élargissant l’accès à des services viables. Elle rend l’épargne plus accessible, plus sûre et plus pratique », affirme-t-il.

Panel 2 : Services financiers digitaux et mécanismes alternatifs de mobilisation de l’épargne
Sous la modération de Mr KONTCHOU Blaise, chef de brigade à la DGTCFM, le panel explore les opportunités offertes par le numérique : mobile money et fintechs.
Les panélistes notent que le développement du mobile money a contribué significativement à l’inclusion financière, mais que les services bancaires restent peu adaptés aux besoins des populations, particulièrement celles des couches vulnérables.
Les recommandations du panel :
- Développer des solutions digitales portées par les fintechs, notamment pour la diaspora.
- Encourager les banques à intégrer le mobile banking.
- Mettre en place des plateformes numériques pour collecter l’épargne informelle et celle de la diaspora.
- Adapter le cadre réglementaire à la transformation numérique.
- Créer des outils de scoring pour suivre les consommateurs de produits financiers digitaux.
Session 3 : Les leviers méconnus de la transformation
Keynote 3 : L’assurance-vie comme vecteur de l’épargne longue
Mme Aboui démystifie l’assurance-vie
Mme Antoni Marie Jubilaire Aboui Epse Mendoua, Directrice des Assurances, présente l’assurance-vie comme un outil d’épargne méconnu mais redoutablement efficace.
Dans un système d’épargne classique, il faudrait 230 années pour obtenir ce qu’une assurance-vie offre !
»Elle illustre : avec 13 000 FCFA cotisés par an, les bénéficiaires d’une assurance-décès peuvent recevoir jusqu’à 3 millions de FCFA. Les chiffres sont tout aussi parlants :
- ● 456,2 milliards de FCFA collectés entre 2018 et 2023,
- ● 268,9 milliards de FCFA reversés aux ménages.
Nous pensons toujours que nous avons le temps, mais nous ne sommes pas maîtres du temps. Commencez tôt, épargnez bien maintenant.
»
Panel 3 : L’impact de l’éducation financière sur le comportement des épargnants
Animé par M. Victor Ndzana Nduga, le dernier panel met en avant un constat central : le faible niveau d’éducation financière freine l’épargne productive.
Pression familiale, culture de consommation immédiate, méconnaissance des produits financiers… Les obstacles sont nombreux.
Les trois recommandations du panel :
- Promouvoir la mobilisation de l’épargne à travers l’éducation financière.
- Intégrer l’éducation financière dans les programmes scolaires, dès le primaire.
- Développer des programmes adaptés aux populations à faibles revenus pour leur permettre de mieux planifier leur épargne.
Les panélistes ont d’ailleurs salué la campagne nationale menée dans les universités et les dix régions comme un modèle d’action concrète.

La synthèse
En clôture, M. Zambo-Zambo Francis, Sous-directeur des Stratégies à la Direction des Assurances, présente une synthèse des travaux.
Plusieurs recommandations générales ont été formulées, parmi lesquelles :
- ● Offrir des facilités fiscales sur les petits placements ;
- ● Développer le marché secondaire (BVMAC) pour dynamiser les obligations ;
- ● Assainir le secteur de la microfinance et simplifier les procédures d’ouverture de comptes ;
- ● Créer des produits d’épargne longue performants (retraite, assurance-vie) ;
- ● Lutter contre la corruption pour restaurer la confiance des épargnants ;
- ● Mettre en place une assurance dépôt accessible à tous ;
- ● Mieux comprendre et intégrer l’épargne informelle dans le circuit formel.
Ces recommandations constituent désormais une véritable feuille de route pour les acteurs de la finance camerounaise.

Discours de clôture : le travail ne fait que commencer
Pour clore cette journée, M. HAYATOU Sanda, représentant le Directeur Général du Trésor, de la Coopération Financière et Monétaire, rappelle avec gravité et optimisme :
La Journée Mondiale de l’Épargne 2025 s’achève, mais le travail ne fait que commencer.
»Il met en lumière les principaux enseignements :
- ● L’importance d’une épargne adaptée face à l’inflation,
- ● La nécessité de renforcer l’éducation financière, notamment auprès des jeunes,
- ● Et le rôle crucial de l’épargne dans la stabilité des ménages et le financement de l’économie.
L’épargne n’est pas une fin en soi, mais un formidable outil pour concrétiser nos projets, protéger nos proches et investir dans le développement soutenable de notre pays.
»Avant de conclure par un appel à l’action :
Ensemble, développons et préservons la culture de l’épargne. Faisons de l’inclusion financière une priorité nationale.
»
Après la clôture : des échanges chaleureux et des promesses d’avenir
La journée s’est achevée dans une atmosphère conviviale. Autour d’un repas fraternel, participants, panélistes, organisateurs et partenaires ont poursuivi les échanges, partageant leurs impressions et leurs engagements pour la suite.
Le maître de cérémonie a clos la rencontre sur une note d’espoir :
Rendez-vous l’année prochaine, fin octobre, pour la deuxième édition de la Journée Mondiale de l’Épargne.
»Une journée s’achève, mais une nouvelle dynamique nationale vient de naître : celle d’un Cameroun qui croit en la puissance de l’épargne pour bâtir son avenir.