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- Date de création août 8, 2025
- Dernière mise à jour août 8, 2025
Asset management des sociétés d’assurances vie 2025
Les entreprises, dans leur ensemble font face à de nombreux défis pour assurer, in fine, leur survie. L’un de ces derniers concerne le risque de cessation de paiement pour insuffisance d’actifs.
Cette réalité est d’autant plus prégnante pour les sociétés d’assurances dommages, leur activité étant marquée par un cycle inversé de production qui se caractérise par la détermination du prix de la prestation, sans connaitre les coûts de revient du risque.
Même les sociétés d’assurances vie sont concernées pour deux raisons : (i) certaines catégories de produits commercialisés ont une gestion proche de celle de l’assurance dommage (assurance décès) ; (ii) pour les autres produits d’assurances en cas de vie ou de capitalisation, bien que la prestation soit connue d’avance sur la base des cotisations versées par les souscripteurs, le risque de défaut de paiement n’est pas moins présent.
En effet, les éléments de l’actif et du passif, doivent concorder de manière à ce que la réalisation de l’actif puisse couvrir les obligations de transfert de fonds vers les créanciers.
Une bonne politique de placement en vue d’atteindre ces objectifs, s’avère être un impératif sinon la viabilité des entreprises d’assurance pourrait être menacée. À cet effet, des techniques de gestion actif/passif doivent être utilisées.
Dans la finance de marché, l’Asset Management qui est un ensemble de techniques répondant à ces attentes, fait partie des outils les plus usités. Il s’agit d’ailleurs d’une nécessité tant les marchés financiers sont dynamiques.
Elle permet à ceux-ci d’être alertés sur les probables réalisations des risques guettant les actifs et passifs, de piloter la composition du portefeuille des actifs en prenant les meilleures décisions s’agissant des mouvements d’entrées et sorties, puis de profiter des opportunités d’investissement les plus attractives.
En 2023 dans le secteur des assurances au Cameroun, les actifs admis en couverture des engagements réglementés sont estimés à FCFA 582,32 milliards dont FCFA 372,62 milliards qui couvrent les engagements contractuels à hauteur de 107,93%..
C’est dire l’importance des montants liés à la gestion actif/passif dans le secteur des assurances en général et dans la branche vie en particulier, ainsi que les enjeux au regard de la couverture relativement faible (une marge de 7%) du passif contractuel par l’actif agrégé.
À cet effet, l’étude objet du présent document vise à :
- Faire un état des lieux de la pratique de l’asset management au sein des compagnies d’assurances vie /capitalisation du Cameroun d’une part, ainsi que des contraintes et incitations dérivant de l’environnement dans lequel ses stratégies sont déployées d’autre part ;
- Jauger le niveau d’utilisation de cet outil dans la branche vie du marché ;
- Mesurer son impact dans le respect des engagements des assureurs vis-à vis des bénéficiaires de contrats notamment en ce qui concerne la rémunération de l’épargne de la communauté des assurés et autres récipiendaires, ainsi que dans les équilibres financiers des sociétés d’assurances vie ;
- Évaluer les avantages comparatifs des produits d’assurances vie dans l’écosystème financier notamment les banques.
Cette étude est donc une immersion dans la gestion actif/passif des sociétés d’assurance vie. Les principaux résultats qui en découlent sont les suivants :
- L’Asset Management est pratiqué de fait par les sociétés d’assurances vie pour rentabiliser les placements. Cependant, sa pratique est opérée à divers degrés : (i) l’externalisation permanente ou en cas de besoin auprès des cabinets spécialisés par environ 75% de ces sociétés ; (ii) le pilotage dans des départements mis en place au sein des sociétés vie par 25% des effectifs ; (iii) la gestion dans des services aux compétences diverses plus ou moins connexes à la gestion actif/passif, par 25% de ces sociétés,
- Elle est soumise à des contraintes de territorialité qui font qu’à date, plus de 80% des actifs se trouvent au Cameroun avec une appétence pour les véhicules de placement réputés moins risqués et/ou liquides notamment les obligations (46,67% de la valeur) et les dépôts en banque (35,87%).
- La performance de l’ALM est fortement nuancée selon les critères. Si elle permet de couvrir les engagements contractuels de manière globale, les produits financiers annuels ne couvrent pas les promesses de rémunération de l’épargne depuis au moins un quinquennat pour certaines entreprises. Ces dernières devraient constituer une provision conséquente pour ce risque de défaut conformément à l’article 336-3 du Code CIMA.
- La gestion actif/passif est un facteur très important de la profitabilité des entreprises vie et capitalisation, sa contribution à la formation du résultat net étant de 50% en moyenne. Elle a toujours permis d’amplifier le résultat ou d’atténuer ses effets en cas de perte ; ceci eu égard aux contraintes réglementaires et de concurrence pesant sur la formation du résultat technique.
- L’attractivité de l’assurance vie dans l’écosystème financier notamment par rapport aux banques, dépend des volets considérés. Ainsi les investissements dans la branche vie sont plus avantageux plutôt qu’en banque si on se base sur la fiscalité, les taux d’intérêt créditeur des dépôts, la limitation des mouvements de retraits avant terme et les taux d’emprunt dans certains cas. En revanche, la banque est plus attractive s’agissant des montants de prêts potentiels et le terme des remboursements qui est plus long.
- La pratique de l’Asset Management est marquée par une faible appropriation de ce concept par les compagnies vie comme illustré au premier tiret ci-dessus. Ceci est vraisemblablement la conséquence d’une insuffisance de professionnalisation en interne. L’externalisation qui en découle peut assurer une mutualisation plus large du portefeuille de placements placé chez les gestionnaires. Cependant, elle peut induire une inadéquation dudit portefeuille aux besoins précis des entreprises du fait de la multitude d’investisseurs à satisfaire par les asset managers. De même, pour des gestions en interne dans des services connexes à cette problématique, un risque de priorisation des actions au détriment du pilotage actif/passif n’est pas à négliger.
Ainsi, les dernières réformes réglementaires initiées renseignent sur l’impulsion du régulateur pour une gestion actif/passif améliorée. Il s’agit de l’introduction des Undertaking for Collective Investment in Transferable Securities (UCITS) dans le catalogue des actifs autorisés et l’extension de la territorialité desdits actifs aux autres pays membres de la CIMA afin d’élargir les possibilités d’investissement
Cependant, les incitations réglementaires pour atteindre les objectifs, doivent aller de pair avec un saut qualitatif (professionnalisation) et quantitatif (nombre de sociétés utilisant les méthodes de pointe) dans la pratique de l’Asset Management.
Les perspectives en la matière devraient voir se poursuivre les concertations entre la profession et le régulateur, pour lever les éventuels blocages et tenir compte du caractère dynamique des marchés financiers. Aussi, les sociétés d’assurances vie pourraient s’arrimer davantage aux standards internationaux pour tirer le meilleur profit de cet outil qui est un gage d’efficacité de leurs stratégies de placement.