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Evolution de l'activité de Microfinance au Cameroun

Publication : jeudi 24 février 2011 17:52
EVOLUTION DE L’ACTIVITE DE MICROFINANCE AU CAMEROUN

 

1 Diagnostic de l’activité de microfinance

1-a La configuration du secteur

Au 31 décembre 2010, le secteur de la microfinance compte 440 EMF repartis en 186 EMF indépendants et 254 EMF affiliés à un réseau. Le secteur dispose de cinq (5) réseaux agréés : CAMCCUL (177 EMF), CVECA Centre (33 EMF) et CVECA Grand Nord (8 EMF), CMEC Ouest (19 EMF), CMEC Nord-Ouest (8 EMF). Le secteur est dominé par les EMF de première catégorie qui représente 94 % des établissements agréés au Cameroun.

Un réseau CMEC Grand-Nord (9 EMF) ayant eu l’avis conforme de la COBAC n’est encore agréé.

 

1-b La couverture géographique et la clientèle des EMF

Les EMF déploient leurs activités à travers 998 agences dont 525 sont installées en zone urbaine et 473 en zone rurale. Les implantations urbaines se retrouvent principalement à Douala (169) et à Yaoundé (155 agences).

Ces points de vente sont généralement ouverts par les EMF de 1ère catégorie

(718 agences), en particulier par ceux évoluant en réseau qui recensent 389 agences dont 230 pour le réseau CAMCCUL.

L’extension des activités a été, en partie, freinée par la baisse du nombre de guichets. Celui-ci est passé de 1 111 à fin septembre 2007 à 983 à fin 2008.

 

L’augmentation de la clientèle constatée lors de la dernière enquête se poursuit en 2008, malgré la réduction du nombre de guichets. En dépit d’un recul passager constaté entre la dernière enquête et le 31 décembre 2007 (- 54 828 clients), la clientèle du secteur enregistre une croissance de 18% en variation annuelle au 31 décembre 2008, pour s’établir à 1 073 621 clients.

Cette clientèle provient à 57% des EMF de 1ère catégorie. Avec 252 629 membres, CAMCCUL est le premier contributeur, suivi du Crédit Communautaire d’Afrique (CCA) qui recense 116 658 membres et de Cofinest qui dispose de 90 238 clients.

Le secteur de la microfinance emploie pour le développement de ses activités 6 000 salariés dont 732 cadres.

 

1-c Les capitaux propres

Les capitaux propres des EMF du Cameroun se sont érodés. Selon l’enquête COBAC, ils ressortent à 14, 021 Milliards au 31 décembre 2008 contre 20,136 Milliards un an plus tôt. Ce recul de 30% s’explique par la dégradation de la situation financière de certains EMF. Quatre EMF en situation difficile présentent un montant de fonds propres négatifs de 13,382 Milliards à fin 2008.

En particulier, la situation des EMF de 2ème catégorie nécessite une surveillance accrue en raison du risque qu’ils font peser sur le système financier. Leurs capitaux propres agrégés s’établissent à – 63 M.

Outre les déficits dégagés par le secteur en 2007 (7,963 Milliards F CA) et 2008 (5,567 Milliards F CA), qui ont obéré les capitaux propres, la part du capital social dans les capitaux propres s’est réduite. Le capital social agrégé se situe à 22,232 Milliards F CA au 31 décembre 2008 alors qu’il était de 25,000 M au 30 septembre 2007.

Le réseau CAMCCUL, avec 4 779 M à fin 2008, est le plus performant dans ce domaine, suivi de Cofinest (1 109 M) et de CCA (1072 M).

 

2 Intermédiation financière

Les activités d’intermédiation financière enregistrent une évolution contrastée. Les ressources ressortent à 258 220 M, en progression de 35% par rapport à décembre 2007.

Plus de 20 EMF disposent d’un montant de dépôts supérieur à un milliard. La moitié de ces établissements exercent en deuxième catégorie.

Avec 74,890 Milliards F CFA, le réseau CAMCCUL est celui qui collecte le plus de dépôts. Il est suivi de CCA (33,176 Milliards), puis de Cofinest (17,967 M) et de First Trust (14,481 M).

Les ressources collectées sont majoritairement à vue et représentent environ 80% de l’encours total des dépôts au 31 décembre 2008.

Au 31 décembre 2008, les crédits à la clientèle s’élèvent à 138 523 M, en hausse de 22% par rapport à fin décembre 2007. Il s’agit pour l’essentiel de concours par caisse octroyés à court terme (63% environ) pour financer les besoins d’exploitation des commerçants (39%), la consommation (27%) et la trésorerie des PME-PMI (21%). CAMCCUL gère 32% des parts de marché, avec 44 892 M de crédits distribués.

La couverture des crédits par les dépôts reste confortable. Elle ressort à 186% à fin décembre 2008 et se traduit par une bonne une situation de liquidité qui accorde, au détriment de l’intermédiation financière, la préférence à la prestation de services et explique la nécessité de disposer d’un matelas suffisant de trésorerie.

Enfin, la qualité du portefeuille des EMF s’est dégradée. Les créances douteuses représentent plus du quart des concours accordés à la clientèle en décembre 2008 et sont sous-provisionnées. Ce sous-provisionnement masque la réalité de la rentabilité du secteur. Les EMF de 2ème catégorie présentent une situation moins favorable, avec un tiers des crédits octroyés compromis au 31 décembre 2008.

 

3 Rentabilité et respect de la réglementation

Le secteur de la microfinance a extériorisé en 2008 un résultat déficitaire agrégé de

5,567 Milliards F CA. Cette contre-performance corrobore les difficultés que traversent certains EMF. Quatre EMF importants en difficultés ont en effet généré un résultat déficitaire de 7, 068 Milliards F CA en 2008.

 

Les EMF, dont la stratégie de développement se résume dans la multiplication des points de vente et dans la collecte de dépôts, sans analyse de la rentabilité des investissements projetés, peinent en effet à assurer la pérennité de leur exploitation. La situation des EMF de 1ère catégorie qui pratiquent la même politique et traitent avec la clientèle n’est guère plus reluisante. Le réseau CAMCCUL a pu, néanmoins, dégager un excédent significatif en 2008 avec un bénéfice de 1 984 M.

Le produit net financier est alimenté essentiellement par les intérêts sur crédits et par les commissions sur transferts.

Les taux d’intérêts restent élevés. Les taux débiteur et créditeur moyens ressortent à 21% et à 4%, pour une marge d’intermédiation moyenne de 17%. Ces taux oscillent entre 6 et 63% pour les intérêts débiteurs et entre 1 et 22% pour les intérêts créditeurs.

Sur le plan réglementaire, plusieurs procédures disciplinaires ont été ouvertes à l’encontre des EMF. Quatre retraits d’agrément ont été prononcés, l’un à l’endroit d’un directeur général et les autres à l’encontre de trois EMF de 1ère catégorie. En outre, Un EMF important est en cours de liquidation. Enfin, certains EMF doivent produire des plans de redressement crédibles pour leur recapitalisation et pour leur mise en conformité avec la réglementation en vigueur.

Cependant, la situation actuelle du secteur de la microfinance est caractérisée par une incertitude à la fois sur le nombre d’établissements en activité (beaucoup d’EMF exercent sans agrément) et sur la viabilité des EMF régulièrement agréés.

Résultats et impact de la mise en œuvre de la réglementation

De l'année 2000 à ce jour, les actions menée par l'autorité monétaire et l’autorité de contrôle dans le cadre de l'assainissement du secteur de la microfinance ont porté sur:

­ La radiation de 384 sociétés coopératives du registre des sociétés coopératives et des groupes d’initiative en 2002 ;

­ La création de l'Association Nationale des Etablissements de Microfinance du Cameroun en 2003 (ANEM-CAM) qui malheureusement tarde à prendre de l’envol ;

­ La mise sur pied de la Cellule des Systèmes Financiers Décentralisés dès le début des années 2000 qui s’est en Sous-Direction de la Microfinance en 2004 (décret n°2004/320 du 08 décembre 2004 portant organisation du Gouvernement) puis en Division de la Réglementation et de la Promotion de la Microfinance depuis le 8 novembre 2008. (Décret N° 2008/365 du 08 novembre 2008 portant organisation du Ministère des Finances)

­ La fermeture de 205 EMF non-conformes sur près de 750 déclarés à l'issue du recensement de 2005.

­ La collecte des informations statistiques sur les sur EMF en vue de la constitution d'une base des données du 10 octobre au 10 novembre 2007

­ La conduite d'une campagne de diffusion et de vulgarisation du règlement CEMAC sur toute l'étendue du territoire National au cours de l'année 2008

­ L’actualisation et la publication des EMF agréés dans les presses écrites publiques et privées

­ L’instauration d’un contrôle administratif par le MINFI ;

­ ‘élaboration et l’adoption d’un plan comptable des établissements de microfinance dont la mise en application a démarré en juin 2010 ;

­ L’institution d’une procédure d’immatriculation et de radiation des établissements de microfinance au Conseil National de Crédit.

 

En somme, il est important de souligner qu'une avancée significative a été opérée depuis la mise en vigueur des normes prudentielles sous la supervision de la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale pour une meilleure sécurisation des dépôts des épargnants.

Les résultats des premières enquêtes ont mis en évidence une situation préoccupante marquée par une gouvernance insuffisante, une gestion lacunaire des risques encourus, une organisation peu perfectible et un dispositif de contrôle interne faible. Certains EMF de grande envergure ont été placés sous administration provisoire.

Il est envisagé de renforcer l'efficacité de la supervision du secteur par la subsidiarité de la supervision en rétrocédant pour l'essentiel aux Ministères des Finances une partie du contrôle et d'adopter et de mettre en application un plan comptable des établissements de microfinance. Ce plan est en cours de finalisation.

 

Par monsieur ONGOLO Maximin

Chef de la Cellule de la Promotion et de l’Encadrement

Division de la Microfinance

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